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La tendinopathie achilléenne expliquée par Corentin Crouzet Kinésithérapeute du Sport

La tendinopathie achilléenne expliquée par Corentin Crouzet Kinésithérapeute du Sport

Plus communément appelée tendinite d’Achille, cette pathologie est fréquente chez les coureurs à pieds, notamment les débutants, ou ceux qui augmentent de façon non raisonnable leur volume d’entrainement. Petit tour d’horizon de cette blessure, du mécanisme pathologique au traitement à mettre en place.

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Pour commencer petit point sémantique, le terme de « tendinite » ne semble plus trop adéquat. En effet, il signifie une inflammation du tendon, or celle-ci est en fait rare, les marqueurs inflammatoires sont peu présents au départ. Il est ainsi plus judicieux de parler de tendinopathie (douleur du tendon).

Anatomie du tendon : (je vais essayer de faire simple, mais quand même il faut comprendre le truc !)

Le tendon est la partie qui relie un muscle et un os. Le tendon d’Achille transmet ainsi les forces du muscle triceps sural (le mollet) sur le talon, assurant la propulsion. Il est composé de protéines de tropocollagène qui s’enfilent les unes aux autres pour créer des fibres (dites fibres de collagène). Cette protéine est fragile et sensibles aux frottements, donc il y a tout autour du gel collagénique, qui crée une hydratation protectrice des protéines. Autour de cet ensemble, on retrouve différentes enveloppes de tissu aponévrotique (entre autres).

Le tendon a une élasticité très limitée, environ 10% (au dessus de 14% d’étirement, c’est la rupture).

Quel est le mécanisme de la tendinopathie ?

– Au niveau tissulaire :

De façon normale, nous avons des micro ruptures qui se créent à longueur de journée lors de l’étirement du tendon. C’est un phénomène physiologique, avec des cellules qui « meurent » et sont renouvelées par des cellules de remplacement.

Si l’étirement est trop répété, lors d’efforts trop contraignants pour les capacités du tendon, les micro ruptures peuvent devenir trop nombreuses pour être efficacement remplacées, créant ainsi une fuite de gel collagénique. Les protéines de tropocollagène se frottent alors les unes contre les autres (car le gel protecteur n’est plus là). Elles finissent par se dégrader, c’est la nécrose, qui fait souffrir votre tendon.

Si le phénomène se poursuit sans traitement, il évolue alors vers une inflammation, avec formation d’un œdème, et présence de rougeur et chaleur sur la zone concernée.

Donc en définitif, la tendinopathie se déclenche car le tendon n’a pas les capacités pour supporter les contraintes en étirement que vous lui imposez !

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– Au niveau clinique :

Cliniquement, on observe une douleur à la palpation (lorsqu’on pince le tendon), à l’étirement et à la contraction en charge du triceps sural. En stade avancée on peut retrouver une bosse sur le tendon, appelée nodule.

Pour connaitre l’avancée de la pathologie, il existe 4 stades (classification de Blazina) :

* Stade 1 : douleur uniquement après l’effort

* Stade 2 : douleur avant et après l’effort, pas pendant !

* Stade 3 : douleur avant, pendant et après l’effort, gêne considérable pour la pratique !

* Stade 4 : rupture du tendon

Il est important de bien identifier le stade. Une confirmation par imagerie est intéressante (échographie ou IRM).

Pourquoi cette pathologie apparait ?

La grosse problématique de la tendinopathie d’Achille est ici : il faut trouver la cause. Soigner la tendinopathie est une bonne chose, mais écarter la cause reste la meilleure solution ! De façon générale pour un coureur, cette pathologie survient lors d’un bouleversement des habitudes sportives :

* Problème de chaussures : trop neuves, trop vieilles, pas adaptées à votre foulée, etc.

* Changement de méthodes d’entrainements : augmentation du nombre de séances, travail en cote inhabituel, passage à du trail pour un habitué de la route, etc.

Toute contrainte nouvelle que vous pourriez imposer de façon subite à votre tendon peut être source de tendinopathie ! Cela peut concerner tout le monde, un coureur bien entrainé comme un amateur qui débute (même si le débutant a plus de risques).

Il faut aussi regarder à coté de la pratique sportive, avec des facteurs dits « intrinsèques » : mauvaise alimentation, hydratation, prise de médicaments qui fragilisent les tendons, surpoids, manque de souplesse des tendons, etc.

Note : L’hydratation, c’est 1,5 L par jour, plutôt hors des repas, et avec de l’eau, pas autre chose !

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Comment cela se soigne ?

Si la tendinopathie est tout juste débutante, au stade 1, un simple changement de la cause (si vous l’avez identifié !) devrait suffire : changement de chaussure, progression dans l’entrainement, etc.

J’arrête le sport ? C’est la première question que l’on entend chez le coureur, et rassurez vous, l’arrêt total de la pratique n’est pas toujours obligatoire !

Pour faire simple :

* En stade 1, on peut continuer en modifiant le planning (exemple : 4 séances de course deviennent 1 fois course + 2 fois vélo)

* En stade 2, il faut adapter et prendre la décision en fonction de votre état (chronicité de la pathologie, niveau de douleur, etc.), et également de vos objectifs personnels.

* En stade 3, on s’arrête trois semaines (au minimum, si le traitement fonctionne, sinon on rallonge l’arrêt).

Important : Le vélo est votre ami ! Pendant quelques temps, il faudra remplacer quelques séances de course par du vélo (sans danseuse), pour continuer à vous entrainer en diminuant les contraintes.

Quoi qu’il en soit, le repos ne guérit pas une tendinopathie, il faut un traitement adapté !

Soigner la Tendinopathie

2 objectifs principaux :

* Faire cicatriser le tendon, pour stopper la tendinopathie

* Renforcer le tendon, pour reprendre l’entrainement sans problème (ce deuxième point est crucial et bien souvent délaissé dès que la douleur disparait…)

Le tendon peut cicatriser uniquement si le collagène est recrée en quantité suffisante pour réparer le tissu. Pour cela, on va créer de nouvelles micro lésions (oui oui !), pour relancer à nouveau le mécanisme de synthèse de collagène. Vous comprendrez bien que dans les faits, ce n’est pas une méthode très agréable… C’est votre kinésithérapeute qui réalisera ce travail, avec des séances d’ondes de chocs principalement, ou dans une moindre mesure avec du travail manuel (massage transversal profond) et par ultrasons. Voila grossièrement l’idée, de nombreux détails sont importants sur cette partie du traitement, mais ne nous égarons pas, votre kiné fera le reste !

Attention, cet aspect du traitement n’est pas suffisant s’il n’est pas associé au deuxième point ci dessous.

De façon parallèle, il faut renforcer votre tendon ! Mais pas n’importe comment, il faut le renforcer pour qu’il résiste mieux à l’étirement que vous lui imposez. Il doit donc être capable de freiner cette mise en tension, pour mieux la contrôler. C’est ce que l’on appelle le renforcement excentrique du muscle (sa capacité de freiner son propre étirement), à commencer lorsque l’étirement et la contraction en charge ne sont plus douloureux.

Je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous, elle vous sera plus instructive que de longues explications.

Ce travail est à faire deux fois par jour, 7 jours sur 7 ! Trois séries de quinze répétitions, des douleurs modérées doivent apparaitre sur la dernière série (si elles ne sont pas présentes, vous n’êtes pas assez efficace, si elles apparaissent dès le départ, vous en faites trop !).

Ce programme est inspiré des protocoles d’Alfredson et de Stanish. L’évolution se fait sur 12 semaines avec une augmentation progressive de la charge.

Note : Le travail excentrique est contraignant pour le muscle, l’apparition de courbatures du triceps sural (=muscle du mollet) est possible, dans ce cas diminuez un peu le programme le temps de récupérer.

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Ces deux points constituent le fil rouge de votre traitement. A coté, il est quand même nécessaire de rajouter d’autres soins, type physiothérapie, huiles essentielles, à visée antalgique (la glace également en aigu). Une consultation ostéopathique peut être intéressante pour une réharmonisation articulaire globale : je ne m’attarderai pas la dessus, mais courir avec une douleur vous conduira forcément à des déséquilibres posturaux et des « blocages » articulaires périphériques. De même, une consultation chez le podologue est nécessaire pour une analyse des appuis (n’y allez pas sans vos baskets !).

Pour ce qui est de l’étirement du triceps sural, il faut le faire régulièrement, mais plutôt à distance de votre travail excentrique (quelques heures avant ou après), avec une tension modérée ! Votre kinésithérapeute peut également réaliser du travail de détente musculaire, type crochetage.

Pour finir, on connait tous quelqu’un qui a souffert de ce genre de problème, avec tous les petits conseils qui vont avec ! Certains sont bons, d’autres moins :

* Mettre une talonnette : oui en aigu pour soulager, mais pas plus de trois jours ! La talonnette soulage la pression du tendon, donc la douleur diminue, mais elle antériorise votre centre de gravité, et au final vous modifiez votre posture et augmentez le travail du mollet !

* Les semelles en gel pour amortir : cela perturbe et déstabilise le pied, qui réagit en conséquences par de multiples contractions pour se rattraper, donc la tension musculaire ne diminue pas du tout, bien au contraire !

* Prendre des anti inflammatoires : sur une courte période pourquoi pas, mais surtout pas de façon prolongé dans le temps ! De toute façon, ce n’est pas la solution à privilégier en premier lieu, puisque l’inflammation n’est pas présente de suite !

En conclusion, j’insiste sur le fait que la prévention est le plus important, car une fois installées, les tendinopathies peuvent devenir de sacrés calvaires résistants au traitement… Ne faites pas n’importe quoi dans votre pratique, restez toujours progressif dans vos programmes, et soyez toujours à l’écoute de votre corps !

Kinésithérapeute du Sport : Corentin Crouzet – Crédit Photos et Vidéos : Noëllie Rousset

Source Photo Tendon : entrainement-sportif.fr

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Trail Session Magazine, Décembre 2016

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