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Ultra Africa Race, le récit de la course !(1)

UAR

Avant de commencer ce récit de course, je voudrais dédier ces mots à Isabelle Paucot. Je le dis avec mon plus grand sourire: MERCI Isange !

Sur cet Ultra au Cameroun, j’ai cultivé mon humilité. Celui qui n’est pas humble ne va pas au bout de ce genre d’épreuve. La Souffrance nous rappelle toujours à l’ordre. Sur des circuits à étapes, rien n’est écrit par avance… J’ai pu en faire le constat. Je vous le relaterai au travers de ce récit et des péripéties que j’ai pu traverser.

Au Cameroun, les jours se suivaient mais ne se ressemblaient pas. Tant sur le plan physiologique que sur le plan panoramique. C’est ainsi qu’à la troisième étape, j’ai pu briser les chaînes qui me liaient à cette vie métronormée parisienne. Je veux saluer mon compagnon de chambre d’hôtel et de tente, le québécois Marc. Il a dû me supporter les dernières nuits où l’insolation avait rendu mes nuits délirantes. Nous n’avons pas passé les meilleurs nuits de notre existence, mais au moins nous nous sommes soutenus dans des moments où nous aurions voulu pouvoir récupérer plus.

C’est ainsi, c’est le fruit de l’Aventure… Un goût à la fois suave et âcre. Marc, c’est un gars extraordinaire, qui passait en moyenne 8h par jour sur les étapes.. qui arrivait exténué sur la ligne d’arrivée chaque jour, des crampes pas possible, et qui repartait tous les matins, sans broncher. Un mec au mental HORS NORME. Ça, ça vous apprend l’Humilité je vous le dis moi. Sur cet Ultra, chacun était venu chercher sa part d’Inconnu(e). Pour ma part j’y ai trouvé bien plus… Et à mon retour je m’aperçois que ma jeunesse me laisse un Beau et Long chemin, sur lequel plein de belles courses vont venir s’inscrire. Le Cameroun résonnera toujours comme ma première Grande et Belle expérience d’Ultra, celle où j’ai commis la plupart des travers de l’Ultra Runner. Mais ce n’est pas grave, parce que j’en ressors plus sage, et avec plein d’enseignements.

La Veille de la première étape: La Course au poids du Sac !​

Le jour d’avant la course, c’est aussi une étape. Et une sacrée étape ! C’est la course effrénée au sac le plus léger. C’est la journée où jusqu’au dernier moment on se demande ce qu’on doit amener ou laisser. C’est aussi la journée où les coureurs comparent le poids de leurs sacs: c’est à celui qui aura le plus léger. Et à ce jeu là, le Danois Jacob était le plus fort (sac de 5,2kgs au départ). La veille du départ, le matin nous étions soumis aux vérifications administratives et médicales. Christelle du Staff de Canal Aventure nous a donné nos roadbooks, les dossards, et cousu des écussons Ultra Africa race sur nos tenues. Elle nous a aussi rappelé l’importance de bien s’hydrater. Elle a vérifié les sacs, et ensuite après sa validation, les coureurs s’entretenaient avec le Staff médical… pour les dernières recommandations. Puis après ces deux vérifs, les coureurs étaient interviewés par Maxime, de Roadsign.

Après ces entretiens, la course au sac le plus léger reprenait son cours de plus belle… Mais avec le recul, ce que je dirais, c’est qu’il y a des éléments sur lesquels je ne me poserais même plus de questions: Il est important d’avoir un « tapis » pour dormir, et des « tongs ». Dans la course au sac le plus léger, après la vérif du matos, Jacob et Rafaël sont venus dans ma chambre, et nous avons fait du tri. Déjà, je n’ai pas couru avec la ventrale, trop gênante à mon goût pour respirer… Ce tri fut une pire rigolade… Mon sac pesait 10 kgs avant leur venue… Après avoir fait le tour de mon matériel nous sommes tombés à 8,2kgs… Je me demande encore comment ils arrivaient à 5,2kgs avec Rafaël. Il y avait beaucoup de superflu dans mon sac. Les emballages sont à proscrire, ils rajoutent du poids… Après tous ces derniers réglages, la nuit n’est pas non plus des plus reposantes. C’est une nuit excitante d’avant départ. Une nuit qui rend nerveux…

Du côté de l’alimentation, comme je vous l’avais montré dans la préparation de mes sachets, j’avais prévu en moyenne 2000 calories par jour. Cela a suffi, mais il était bien utile d’avoir prévu entre 3000 et 3500 calories les soirs de la veille d’étapes 3 et 4. Il est très important d’emporter avec soi une alimentation certes lyophilisée et qui ne prend donc pas de place… mais d’emporter des produits plaisir: pour ma part bonbons, barres chocolatées, mais aussi quelque chose que j’emporterai la prochaine fois: des tranches de charcuterie sous vide (ça ne prend pas de place). Il est très important de bien penser au carburant (calories) que nous ingérons… C’est aussi le fruit de la réussite d’un Ultra Marathon. Il faut penser à bien s’hydrater durant la course, mais aussi avant et après chaque étape. L’hydratation est aussi un facteur réussite, elle permet aux muscles et aux reins de continuer à bien fonctionner. Pour la charcuterie, Toni le slovène du Team Salomon avait de la viande de grison sous vide, et je peux vous dire qu’à chaque étape lorsqu’il l’a partagée avec moi, c’était un pur délice. On ne s’en rend pas compte avant un tel évènement  mais ce sont des petits plaisirs de ce type dans l’alimentation qui seront aussi un facteur réussite, et ferons de vous un SERIAL FINISHER!!!

Quant aux pastilles de sel, une autre erreur que j’ai commise: ne pas prendre les pastilles dans la petite boîte ! Le clap clap clap des pastilles qui ballottent dans le sac, devient trop oppressant. Pour 6h de course, je prévoyais une pastille de sel toutes les heures… 6 que je glissais dans la pochette de mon sac, à portée. Je laissais donc la boîte dans le sac. Pour le sel, plutôt que de vous embarquer une boîte de pastilles, vous pouvez aussi lorsque vous allez au resto, prendre des sachets de sel. Ce sont des petits tuyaux de coureurs d’Ultras.  C’est assez rigolo, mais entre coureurs il y a tout un cérémonial de transmission des « tuyaux ». J’ai adoré ce partage, ces enseignements. Ces derniers m’ont permis de franchir bien des « étapes » de ma vie durant ces 5 étapes de l’Ultra Africa Race au Cameroun.

Etape 1/ Maroua – Col de Méri (48km)

C’est l’excitation du départ à Maroua. Tout le monde est nerveux. Les regards sont à la fois souriants, mais en même temps chacun sait qu’il part vers sa part d’Inconnu(e).

Tous les coureurs se demandent comment vont partir les 6 camerounais? C’est la grande question que tous se posent. Ils sont jeunes, connaissent leur territoire, et surtout courent tous les jours…
Ils ont été équipés de chaussures et sacs, comme nous, chacun des participants et l’organisation avaient amené sa contribution pour qu’ils puissent courir avec nous.

Jérôme Lollier annonce le parcours et les distances qui sépareront les check-points. Il est 8h, et le départ de l’Ultra Africa Race va être donné. Il fait déjà une chaleur de plomb… Dernières photos… Le bruit des mobylettes de Maroua, le bruit du trafic routiers de la Ville… 3-2… Ca y’est bientôt nous serons sur les sentiers du Nord du Cameroun, au milieu des champs de coton, de paysages arides, tous différents… 1-c’est parti !

 Comme nous l’avions prévu c’est parti très fort, les camerounais devant, l’espagnol Josep parti comme une balle… Je suis étonné, je reste au calme, je savoure ces premiers hectomètres, ne sachant pas encore qu’à la fin de la journée, les derniers mètres me paraitront une Éternité… Toujours cette Inconnu(e)… Sur Ultra on ne sait jamais ce qu’il peut arriver, et le fil des étapes le démontrera. J’ai vécu ce départ avec Magie, c’était mon premier Ultra Marathon. Pas besoin de vaccin anti Ultra, j’ai laissé le moustique Ultra Marathonien me piquer… J’en referai, c’est sûr. Cette épreuve, ce départ, chaque image, chaque mot, ils résonnent encore dans ma tête… Vous les retranscrire fidèlement m’est impossible. Je peux juste vous dire ceci: c’était Grand, c’était Beau.

L’arrivée au premier check point s’est faite très rapidement. Première erreur: je n’ai pas pris la totalité des 2L, il me restait encore de l’eau dans mes bidons. Première erreur, dans le sens où j’aurais dû repartir avec cette bouteille à la main (comme je l’ai fait les jours suivants), et continuer de m’hydrater avec… Car la chaleur était telle que d’une l’eau devenait bouillante dans les bidons, mais surtout: j’ai manqué d’eau avant le Check Point 2… J’ai dû marcher les 500 derniers mètres avant le Check Point 2, pour ne pas me déshydrater totalement. Sur cette première étape de 48 kms, mon sac pesait 8,2kgs. L’allemand Rafäel me disait que nous étions partis vite, un peu moins de 6min au Kilomètre.

L’espagnol, lui avait « pété un fusible » comme on dit dans le jargon des coureurs… C’est à dire qu’en fait il s’était arrêté et a attendu son pote argentin… C’est Toni le slovène qui virevoltait aisément en tête. Plus tard, et même au fil des étapes, j’apprendrai de sa part, qu’il était parti aussi trop vite, et qu’il avait ÉNORMÉMENT souffert de la chaleur. Il avait eu des crampes le premier soir. Donc après le premier Check Point, nous étions 2èmes et 3èmes avec l’allemand, et les camerounais suivaient juste derrière. C’est après le C.P 2 que tout a commencé… La chaleur devenait de plus en plus insoutenable. Au 30ème kilomètre le poids du sac se faisait particulièrement ressentir. La chaleur fournissait une sensation de chape de plomb… J’ai été obligé de me tapisser de crème solaire… Je cuisais sur place. J’ai laissé Rafaël partir devant… Au fur et à mesure que le temps avançait  il ne devenait qu’un simple point vert à l’horizon… Et derrière moi, les camerounais étaient très loin à présent… Ils avaient craqué eux aussi. A partir de ce moment, c’est l’Aventure qui commençait. Des paysages sublimes: rocailleux, rouges, ocres  des maisons en terre, les gens au bord des routes, surpris de voir des coureurs, ÉTRANGERS qui plus est, nous saluaient. Et ce « BON COURAGE » prononcé avec leur accent, les « BONSOIR » alors qu’on est en plein début de journée… Là-bas ils ne parlent pas tous bien le français… Mais tous ces visages au bord de la route, marqués par la Vie, ces échanges de regards… Lorsque j’y repense, alors même que j’écris ces mots, mes poils se hérissent à nouveau. L’adrénaline remonte.

J’ai couru en Afrique, Berceau de l’humanité. J’ai croisé ces regards de frères d’âme d’une autre Culture que la mienne.

Au fil des kilomètres, le récit de cette étape sera à l’image de l’étape, je ressentais le raz le bol, le « sans fin »… C’était interminable… L’arrivée au Bivouac me paraissait ne jamais arriver. Je n’avais plus d’eau depuis une dizaine de kilomètres, et en plus le final était une montée assez technique… Je me suis ressaisi, j’évitais de penser au sac si lourd sur mon dos… Je marchais d’un pas décidé, à côté de ce petit garçon qui montait avec sa chèvre… Nous étions dans une partie rocailleuse, et le soleil tapait, mais tapait, tapait… A la fin de la montée, j’apercevais des petites maison arrondis en terre, et distinguais un village… Je regardais mon GPS, qui affichait 47kms, et commençait à me dire que cela sentait la fin de première étape… Arrivé en haut, une allée en descente de 500M environ, et des enfants qui sortaient de cette petite école… J’étais à l’arrivée de l’étape, deux enfants me disaient: On court? Je me suis remis à courir… Et j’ai aperçu une masse de personnes réunies, et une banderole. il y avait aussi un 4X4 blanc, c’était l’arrivée de la première étape. Les enfants criaient de joie, ils m’accompagnaient vers la fin de cette première étape… Je passais la banderole, et Christian du staff me félicitait déjà et me donnait la bouteille d’eau. Je buvais ce nectar si précieux… Et Rafaël arrivé 25min plus tôt venait me saluer. Toni était arrivé 50min plus tôt quant à lui. Je pensais qu’ils étaient plus loin devant…

 En définitive la première étape fut la plus dure pour moi, car j’y ai commis TOUTES les erreurs du débutant. Le lendemain serait un autre jour, mais je ne le savais pas encore… A l’heure où je finissais, je me demandais juste comment je pourrai repartir le lendemain. Mais en définitive, au bout d’une heure de repos à l’ombre, à se réhydrater, à discuter avec Toni et Rafaël, à se faire à manger au bord du feu… à accueillir les autres coureurs… en définitive je récupérais à une vitesse phénoménale et inattendue. Je me suis découvert une capacité de régénération insoupçonnée. Je savais que je récupérais vite, mais là aussi ce fut un facteur découverte: ma récup était rapide, et c’est la partie que j’ai géré au mieux sur ces 5 étapes. Musculairement, il est très clair que j’étais de plus en plus fort plus les jours passaient… Chaque soir, nous mangions et vers 18h Jérôme et le Staff faisaient le débriefing de la journée, annonçaient le classement et faisaient le Briefing de l’étape du lendemain. Sur cette étape il est à noter qu’il y aura plusieurs abandons. L’espagnol et surtout l’argentin ont énormément souffert de la Chaleur. Les camerounais se sont blessés: tendinites, entorses, pour deux d’entre eux… Déjà, dès le premier jour, les organismes étaient mis à rude épreuve…

Pour ma part, j’allais commencer à vivre des nuits de sommeil pas forcément récupératrices sur le plan de la nervosité. C’était un sommeil très léger au long de ces 5 étapes. Et même infernal sur les deux dernières, mais j’y reviendrai. Mon compagnon de tente Marc, lui, avait des crampes, et nous avons souffert de nos dos, la prochaine fois je prendrai quelque chose pour mon dos… Je ne lésinerai pas sur ce choix. Quant aux gens du village, ils restaient là, à nous regarder, nous observer VIVRE sur le bivouac… Nous faire à manger, nous doucher dans cette douche improvisée, avec un seau. Les enfants jouaient avec des pneus, des barres de fer… Ils épiaient nos bouteilles d’eau, dès qu’elles étaient finies, ils se battaient presque pour les récupérer… Nous étions le même spectacle chaque après-midi et chaque soir, sur chaque Bivouac où nous passions… Nous étions l’attraction du Village le temps d’une après-midi, d’une soirée et d’un matin de départ… Chaque jour, dans ces paysages différents, nous rencontrions des gens différents… Mais même si les jours se suivaient et pouvaient paraître similaires, ils ne se ressemblaient pas…

Cameroun, je te le dis: je ne mesurais pas à ce point ta Misère ! Je me nourris du sourire de tes enfants à Présent, pour être heureux, je le dois. J’espère vous revoir bientôt…

 Ce n’était que la première étape…

Crédits Photos, Canal Aventure, tous droits réservés.

Cédric Masip, Trail session Magazine.

 

2 comments

  • Un magnifique récit de course, tellement bien rédigé, qu’en le lisant on se croirait là bas aussi !!! Merci pour ces quelques conseils bien utiles, ça donne vraiment envi de le faire, on imagine les paysages et cela même avec les grosses difficultés décrites. On est impatient de découvrir les autres étapes !!! 🙂

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