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Nathalie Mauclair: L’Ascension Fulgurante d’une Figure du Trail-Running

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C’est avec une grande simplicité et humilité que la Championne du monde de trail et double victorieuse de la Diagonale des Fous, a répondu à notre interview. Elle nous parle entre autre de ses débuts, de sa famille, de sa vision du trail féminin et de son avenir. Une belle rencontre, en exclusivité pour Trail Session!

1) LES DEBUTS EN COURSE A PIEDS

Valessa Oliveira

Tu as démarré la course à pied par un marathon à 40 ans, suite à un défi que l’on t’avait lancé. Quatre ans plus tard, te voilà entre autre Championne de France vétérane de marathon et semi-marathon (2010), puis Championne de France de trail (2012), et enfin Championne du monde de trail (2013): comment expliques tu cette ascension tout simplement fulgurante ?

Nathalie Mauclair

Il y a plusieurs raisons à cette rapide progression:

La première est physique. J’ai démarré la course à pied sur le tard et donc ça m’a permis de conserver une certaine fraicheur du corps et de me préserver. J’ai commencé le sport en compétition par le VTT. Mais que ce soit au collège ou au lycée, je n’étais pas du tout sportive, bien au contraire. Je faisais même en sorte d’être dispensée par les médecins. J’étais feignante !

La seconde est mentale. J’ai obtenu très vite de très bons résultats. Cela m’a beaucoup stimulée et fait progresser. Et puis je l’explique aussi par une certaine hygiène de vie qui me correspond bien et qui est en adéquation avec la pratique de l’ultra.

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En parlant de VTT, dis-­nous un peu en quoi cette discipline t’a été bénéfique dans la pratique de l’ultra ? Le pratiques­-tu encore ?

Ce sont deux sports de plein air avec lesquels je reste en contact avec la nature. Je continue à faire du VTT ou du vélo de route au cours de mes préparations. La Sarthe, où je vis, est un département très plat donc c’est l’allié idéal pour me préparer aux courses en montagne.

Pourquoi avoir finalement choisi de t’orienter vers le trail puis l’ultra­ trail ?

La course à pied et plus précisément l’ultra trail me donne la possibilité d’être seule avec moi-même. J’ai démarré par des trails longs en enchaînant 5-6 compétitions sur le TTN court, puis j’ai tenté ma chance sur les championnats du monde où la distance avoisinait les 80 kms. Comme mes résultats furent concluants, et comme j’avais une envie profonde de découvrir toutes les distances, je me suis lancée dans les ultras avec comme objectifs notamment la TDS ou la Diagonale des fous. J’avais ce sentiment que ma carrière serait courte. Je voulais profiter et explorer toutes les distances.

Et puis l’avantage de l’ultra, c’est que l’on est beaucoup moins à l’affût du chrono, et je peux beaucoup plus apprécier le parcours. Je suis « un peu moins pressée » !

Pour cette année 2014, comme je n’avais pas d’obligation de la part de la FFA, j’ai choisi volontairement d’associer les voyages à mes ultras. D’où ma participation à l’Ultra Trail du Mont Fuji, la Western States, ou le Grand Raid de la Réunion.

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Comment fais­-tu pour concilier ta vie professionnelle avec celle de maman et d’ultra­ traileuse ? Il y a une recette miracle ?

J’ai l’immense chance d’avoir un mari très conciliant. Ce qui est drôle c’est qu’initialement, c’était lui le passionné de sport et le sportif à la maison ! Aujourd’hui, je dirais qu’il met en musique sa passion. Je n’ai pas besoin de me justifier pour aller m’entraîner. On se comprend et par conséquent je ne ressens aucune culpabilité.

Il a par ailleurs un rôle majeur auprès de mes deux enfants (une fille de 7 ans et un garçon de 11 ans). Il dédramatise un peu les jours où je suis peu présente à leurs côtés. J’ai beaucoup de chance de pouvoir compter sur lui !

Côté professionnel, (je suis cadre médical dans un centre de rééducation fonctionnel, Centre François Gallouédec), j’ai diminué mon temps de travail à 80%, à ma charge. C’est un choix que nous avons fait en famille si je voulais pouvoir évoluer dans mes différentes activités.

Ma direction ainsi que mes collègues sont arrangeants, et compréhensifs. Je peux facilement aménager mon temps de travail. L’essentiel c’est que mon travail soit bien fait !

Et pour les enfants, je fais en sorte d’optimiser le temps passer avec eux. Je veux avant tout que ce soit des moments de qualité. Quand je suis avec eux, je suis à fond ! Et puis quand ils peuvent s’associer à mes sorties comme lors de footing de récupération, je les emmène avec moi.

Tes victoires sont des victoires familiales. On ressent une belle harmonie entre vous 4. Comment ton mari et tes enfants vivent-­ils chacune de tes compétitions ? Conçois-­tu un ultra sans leur présence ?

Mes ultras sont ce qui donne du sens à mes absences. C’est pourquoi je ne me vois pas partir sans ma famille. Les voyages concrétisent toutes mes heures d’entraînement pour mes enfants. Et puis leur présence à mes côtés ainsi que celle de mon mari, influent sur mes performances. C’est indéniable !

J’ai lu que tu te préparais mentalement pour les ultras ? En quoi consiste cette préparation mentale ? Qu’est-­ce qu’elle t’a apportée ? Te parait­-elle indispensable aujourd’hui pour préparer un ultra ?

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Oui effectivement, je me prépare aussi mentalement en pratiquant la sophrologie. Je l’intègre systématiquement à mes préparations. Cette technique m’aide à me relâcher dans un premier temps. Ensuite, je me projette sur la compétition à venir. Je me vois pendant la course, en anticipant les différents obstacles. Et puis le plus important : je visualise l’arrivée, je me vois la franchir. J’écarte également toutes les pensées négatives. C’est comme une sorte de programmation mentale.

2) RETOUR SUR LA DIAGONALE DES FOUS

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Comment t’es­-tu préparée pour la Diagonale des fous ? As-­tu un entraîneur ?

Au début, lorsque j’ai démarré par la course sur route, j’ai bénéficié des conseils de Dominique Chauvelier. Puis, je me suis petit à petit distancée de cette préparation spécifique au marathon quand j’ai commencé les épreuves d’ultra­ trail.

Aujourd’hui, je gère seule mon entraînement. J’ai conservé quelques conseils de Dominique. J’y ai ajouté beaucoup de lectures personnelles. J’ai pioché des conseils sur les magazines spécialisés et puis j’ai adapté le tout à ma pratique de l’ultra.

Avant la Diagonale des fous, j’étais entamée physiquement. Je me sentais fatiguée. Alors j’ai tout simplement écouté mon corps et respecté cette fatigue. Je n’ai pas beaucoup couru. Je savais qu’il fallait que je prenne le départ avec un maximum de fraîcheur. J’ai pris un risque en faisant le choix de me préserver, mais il faut croire que ça a payé. Néanmoins, je n’étais pas tranquille du tout !

Déjà victorieuse l’an passé, partais­-tu avec le même objectif pour cette édition 2014 ? Dans quel état d’esprit étais-­tu sur la ligne de départ ?

Je n’étais pas complètement sereine. Comme je l’expliquais précédemment, j’avais une préparation insuffisante par rapport aux exigences de la course. Par ailleurs le plateau féminin était particulièrement relevé. Alors je me suis programmée dans la tête les objectifs suivants :

« Dans les 5, et au mieux le podium ! » Mais une chose est sûre, je ne prends jamais un départ pour la gagne, car cela me donne trop de pression. Et je ne sais pas courir avec la pression! »

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Qu’est-­ce que tu redoutais le plus sur le parcours ? Quel a été le moment le plus difficile à surmonter mentalement et physiquement ? Comment parviens-­tu à dépasser les douleurs et les doutes ?

Je redoutais tout particulièrement la fin du parcours. Alors j’ai décidé, douze jours avant le départ, de faire une reconnaissance de ce tronçon, le tout étalée sur 3 jours. En réalisant cette partie, je me suis dit que ça ne serait pas infaisable, j’étais confiante. Mais finalement, après 25h de course et en pleine nuit, j’ai réalisé que c’était aussi difficile que l’année dernière !

Pour surmonter toutes les petites douleurs, les baisses de moral, je me passais en boucle des images positives. C’est en cela que ma préparation mentale est bénéfique. Je trouvais aussi la motivation en me fixant de petits objectifs intermédiaires. Je me donnais comme objectifs les 10, 15 kms prochains, plutôt que 40 d’un coup. Pour m’aider à avancer, je m’étais notamment fixée d’être au niveau du Maïdo avant la nuit. Et puis, retrouver mon mari et les enfants aux points de ravitaillement sont des petits moments de réconfort qui donnent de l’énergie pour repartir !

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Quel est ton plus beau souvenir sur cette édition ?

L’arrivée avec les enfants, elle avait une saveur vraiment toute particulière.

On t’a vue très émue lors du podium. Tu as même confié que c’était la première fois que tu pleurais. Peux-­tu nous dire pourquoi tu as été submergée par cette vague d’émotion ?

Oh c’est un ensemble de plein de choses ! Tout d’abord, il y la musique au moment de la remise des récompenses qui est très poignante, et puis il y avait toute cette foule autour de nous qui nous félicitait. Ce podium a aussi fait ressurgir des souvenirs de l’année passée avec ma première victoire. Et de me dire que j’avais réussi une seconde fois ce challenge, cela m’a tout simplement bouleversée.

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3) L’ULTRA AU FEMININ

Les femmes en ultra et leurs très bons résultats sont souvent peu considérés (comme ta 19ème place au scratch sur la Diagonale ou encore Rory Bosio et sa 14ème place cette année sur l’UTMB) et trop peu mis en avant par les médias. Comment expliques-­tu cela ?

Je l’explique tout d’abord par un manque de densité chez les femmes. Il est vrai que nous n’étions que 250 au départ du Grand Raid. Cela retire de la valeur à l’effort accompli et minimise la performance. On retient avant tout le fait que j’étais 1ère sur 250 et non 19ème au scratch sur 2300 partants. C’est regrettable mais compréhensible.

Et puis je dois avouer qu’il persiste encore un petit côté machiste au sein des compétitions. Je ne le ressens plus maintenant, car je suis connue et mes résultats reconnus. J’ai gagné en légitimité en faisant mes preuves. Mais lorsque j’ai débuté les épreuves sur le TTN, j’ai essuyé quelques remarques désobligeantes. Aujourd’hui c’est différent, il m’arrive de faire des relais avec les hommes sur les parcours et l’ambiance est vraiment bon enfant !

Quelles sont les relations entre les femmes au sein de l’élite de l’ultra ? As-­tu noué des relations amicales ou restent-­elles dans le cadre de la compétition ? Tu as « remplacé » Emilie Lecomte, qui était la figure emblématique féminine de la Diagonale ; as-­tu des contacts avec elle ?

Les relations sont plutôt amicales. Sur l’UTMB , par exemple, j’ai partagé les chemins avec Rori (Bosio) jusqu’aux Contamines. On a discuté ensemble de façon très décontractée. C’est également le cas avec Nuria Picas, avec qui j’aime échanger aussi. Je ne ressens pas de rivalité. Quant à Emilie, j’ai pu la croiser lors de certains raids multisports. On a une relation amicale. On échange régulièrement sur facebook, on se soutient mutuellement les veilles de compétitions. Je lui ai écrit pour sa victoire sur le Tor des Géants. Et puis elle m’a fait la surprise d’être là, à mon arrivée à l’UTMB cette année.

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Penses-­tu qu’il y ait des avantages pour une femme de faire de l’ultra ? Plus précisément, crois-tu qu’elle ait des aptitudes différentes ou supplémentaires par rapport à un homme (physique ou psychologique) ?

J’ai appris à courir avec les hommes lors des Raids multisports en équipe de 4 constituée de 3 gars et 1 fille, en non­stop de 5 à 7 jours. A ces occasions, j’ai remarqué que la femme est moins impulsive, elle est plus régulière dans l’effort. Dans l’effort les hommes sont plus joueurs et prennent plus de risques en sachant que parfois ça passe ou ça casse. Cela n’est pas vrai pour tout le monde et sur toutes les courses. J’ai parfois pris des risques et c’est passé et d’autres fois, non. Aussi, certains hommes sont calculateurs. Je pense qu’on a aussi un gros mental qui nous permet d’aller au bout de ce que l’on s’est programmé.

Quels conseils donnerais-­tu à nos lectrices qui souhaitent se lancer dans l’aventure de l’ultra trail ?

Il faut tout d’abord réaliser des distances intermédiaires. Il faut s’entraîner sur des distances comme des 100 ou 120 kms avant de vouloir s’attaquer à un 160 kms. Cela permet de prendre conscience de sa capacité à résister physiquement mais aussi mentalement. C’est aussi l’occasion de tester son alimentation. C’est un point crucial qu’il ne faut pas négliger.

Il faut également penser aux choix du matériel (sacs, textiles…), bref à tout ce qui pourrait provoquer des petites douleurs parasitaires ou des tensions dont on se passerait bien. Il ne faut pas non plus négliger ses pieds, bien les préparer également. Cela parait évident et pourtant on les oublie souvent !

4) RETOUR SUR LA SAISON 2014 – LA FIN DU PARTENARIAT AVEC LAFUMA – EN ROUTE POUR LA SAISON 2015

Quels ont été tes meilleurs souvenirs de course cette année ?

C’était une très belle année, au cours de laquelle j’ai pu concilier la compétition avec les voyages et la découverte de nouvelles cultures avec le Japon par exemple. Et puis cette année, c’est aussi des lignes d’arrivée franchies avec mes enfants : la Western States avec mon fils, l’UTMB avec ma fille et la Réunion avec les deux. Que demander de plus, je suis tout simplement comblée !

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Comment as-­tu vécu ton abandon sur l’UTMF (Ultra Trail du Mont Fuji) ?

Cela reste un souvenir douloureux. L’hiver dernier, j’ai eu une aponévrosite plantaire . Pour la soigner, j’ai fait beaucoup de kiné, et d’ondes de choc. J’ai aussi opté pour le port de semelles orthopédiques. Je les mettais quotidiennement pour travailler et aux entraînements. Après de longues hésitations, et en accord avec mon médecin, j’ai pris la décision de les porter pour l’UTMF.

Malheureusement, au bout de 30 kilomètres, j’ai ressenti des échauffements aux pieds. J’ai mis de la nok mais cela a accentué les frottements. A partir de là, je n’étais plus dans la course. Mon mari me conseillait vivement d’arrêter. Au 80ème kilomètre j’ai chuté et je me suis fêlée une côte. J’ai stoppé au 120ème kilomètre.

« J’aurais pu terminer mais j’ai préféré ne pas compromettre la suite de ma saison et mon capital physique. »

Comme nous étions en période scolaire au moment de la course, nous sommes restés ensuite au Japon. Cela m’a donné la possibilité de faire un break, de me ressourcer. Je n’étais plus dans la course, j’étais en mode touriste. Cette pause m’a été salutaire.

J’ai lu que Lafuma ne reconduisait pas le Team Trail. Pour quelles raisons ? As-­tu eu des propositions ?

C’est une décision de l’entreprise, effectivement. Elle a décidé de se concentrer uniquement sur la randonnée.

Je suis très triste d’arrêter avec Lafuma. C’était une marque française avec des valeurs auxquelles j’étais attachée et que je défendais. Cela avait du sens pour moi d’y appartenir. Ce choix m’affecte profondément. Oui j’ai eu des contacts et des propositions. Je me donne du temps pour les étudier et rien n’est encore fait à ce jour.

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As­-tu des perspectives pour l’an prochain et des objectifs ?

Je vais me préparer pour les prochains mondiaux de trail. J’ai donc calé mon début de saison, jusqu’à fin mai. Ensuite c’est une feuille blanche.

Mes objectifs dépendront aussi de mon futur partenaire, donc voilà pourquoi mon calendrier n’est pas encore rempli.

Et pour 2014, c’est fini fini ou bien tu t’autorises une dernière course ?

Je vais faire la Saintélyon en relais avec la Team Lafuma, histoire de vivre un dernier moment de course tous ensemble ! Ce sera une façon pour nous de boucler notre histoire !

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Valessa Oliveira et Trail Session Magazine

Encore merci Nathalie pour nous avoir accordé cet entretien. Nous te souhaitons une saison 2015 riche en victoires et forte en émotions !

Interview réalisée par: Valessa Oliveira, Rédactrice Trail Session Magazine, 2014

Crédits Photos: Trail Session Magazine, Free Run 72, Yanoo, Petzl, VO2 Magazine






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